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Publié : 25 janvier 2021

Grand Port Maritime de Bordeaux

Une page se tourne … Ponton Gironde II ; la fin d’un rêve

Article de Mme Monique NAUZIN, Journal du Médoc, que nous avons complété ...


Le 11 janvier, à 15h20, le remorqueur ravitailleur Cronus Z, naviguant sous pavillon de Panama, a largué les amarres et mis le Cap sur l’Afrique du Sud avec en remorque l’imposant ponton Gironde II, dernier vestige important de l’Aventure A 380 à Pauillac, la fin d’un rêve !


Ce 11 janvier 2021 en début d’après- midi, l‘air est frisquet mais le vent fort des derniers jours a enfin cessé et un beau soleil d’hiver brille. Derniers préparatifs sur la barge et à terre. On déjeune à la fortune du pot d’un sandwich, d’une part de galette des rois, on se réchauffe d’un café. On échange mais peu. On demeure concentré. On attend la marée haute. C’est elle qui, en permettant de libérer le ponton, de ses dernières attaches, donnera le signal du clap de fin d’une belle histoire de plus de 16 années. Peu de public à part les principaux protagonistes et deux ou trois familles. Le départ de la barge rebaptisée Adélie par l’acheteur Peschaud et Cie International (Saint-Germain en Laye et Gabon) que l’on savait imminent, n’avait pas été ébruité. Long de 155 m sur 35 m de large, le ponton flottant et balastable "Gironde II", avait été inauguré en grande pompe, le 9 mars 2004, lors du baptême de la Barge Breuil, par le Père Jean Thomas. Il a été spécialement construit dans le cadre du programme Airbus A380, dans le chantier naval Remontova de Gdansk (Pologne).

Il a servi de station de transfert aux tronçons et pièces (fuselage, cockpit, ailes, empennage etc.) de seulement 251 Airbus A380 livrés suite à de nombreuses annulations, le carnet de commandes ayant affiché jusqu’à 321 appareils, voire plus. Lesquels tronçons arrivaient des usine d’Hambourg (RFA) Mostyn (R U), Cadix (Es) et Nantes Saint-Nazaire et étaient acheminés, à bord des rouliers « Ville de Bordeaux », « Ciudad de Cadiz » et « City of Hamburg », jusqu’à Pauillac. De là, ils étaient transférés sur les barges Breuil et Brion, construites par le chantier naval De Hoop aux Pays Bas et armées par la Compagnie bordelaise Socatra, acheminés par voie fluviale jusqu’à Langon et par convois routiers jusqu’au site d’Aéroconstellation près de Toulouse où ils étaient assemblés.

Le 8/12/2016 le « City of Hamburg » à Bassens et le 10/08/2018 Fred à PAULLIAC

A partir de mai 2016, les bénévoles se sont investis, malgré l’éloignement du terminal de Trompeloup à Pauillac, et des visites régulières ont permis de rencontrer et rendre des services aux équipages avec l’aide des officiers du bord et des permanents de sécurité du ponton. En décembre 2016 le « City of Hamburg » s’est même invité à Bassens, des visites de Bordeaux ont été réalisées.
Le 14 février 2019, coup de tonnerre, Tom Enders, PDG d’alors de Airbus, annonce la production du super jumbo (de 525 à 853 passagers) en 2021. Le 11juin 2019, le ponton Gironde II assure son dernier transfert. Qu’allait-il devenir, de même que les barges, les rouliers ?

Une nouvelle aventure

« Le ponton Adélie après son arrivée en Afrique du Sud, d’ici 45 à 60 jours selon la météo, subira une révision complète, des modifications et aménagements, puis sera installé dans le Mozambique Nord où il servira de quai à des pétroliers » révèle Philippe Man, le directeur financier de la SA Peschaud qui suit attentivement la préparation du départ du ponton. La dernière heure de vie de la barge à Trompeloup où elle était arrivé de Ceuta. Le 6 janvier a été marqué par deux grands suspens sur le Cronus Z : le chargement au moyen d’une grue télescopique de la passerelle dont les attaches faisaient de la résistance et le « largage » du ponton où les spectateurs ont gardé les yeux rivés pendant de longues minutes sur le guide avant, guettant sur le repère, le signal de l’étal de pleine mer. On a vu alors le ponton largué, s’éloigner lentement du bord de l’appontement et se mettre dans le bon axe du Cronus Z dans le chenal, avec le concours à l’arrière du remorqueur RM Thomas. Et à ce moment là, on a senti de l’émotion dans certains regards et déjà peut-être un peu de nostalgie.

Avec le départ du ponton ses sont évanouis les derniers rêves qu’avait fait naître l’aventure Airbus A380, qui avait sorti de plusieurs décennies de léthargie le terminal 700 du Grand Port Maritime de Bordeaux, lui avait redonné une certaine aura passée. Prochainement, des plongeurs spécialisés vont plonger dans l’estuaire pour enlever les tubes (pieux) plantés en dessous du niveau de l’eau.
Exploités par LD Seaplane, filiale de Louis Dreyfus Armateurs, « les Rouliers » en particulier « Le Ville de Bordeaux », continueront à naviguer, assurant la nouvelle liaison transatlantique entre l’Europe et les Etats Unis. Leur immense garage permettant de stocker l’équivalent de quatre A320 dont les pièces seront assemblées à Mobile (Alabama). Le marché potentiel est estimé à 600 avions dont des A320.

Un cadre de Socotra nous confie :
« La Barge Brion » : transporte désormais, de Rochefort à Langon, avant d’être acheminé par la route jusqu’à Toulouse, plusieurs parties imposantes de l’Airbus A 300-600 ST ou Beluga destiné au transport de fret volumineux, le fuselage de l’énorme porte cargo étant fabriqués sur le site Stelia-Aérospace sur la zone de l’Arsenal de Rochefort. Mais pas d’escale à Pauillac.

« La Barge Breuil  » : elle est actuellement au port de Bassens, et on ne sait pas encore ce qu’il va être possible d’en faire »

Projet toujours d’actualité

Le projet du Grand Port Maritime de Bordeaux de faire de l’appontement de Trompeloup, un terminal spécifique pour accueillir les grands paquebots de croisière sur le Médoc n’est pas abandonné. Mais la crise sanitaire et ses conséquences économiques, culturelles, sociétales, inimaginables il y a seulement quelques mois, est venue tout chambouler, tous les secteurs sont touchés, certains auront du mal à s’en relever. Alors, sans être exagérément pessimiste, peut-être faudra-t-il-attendre plusieurs années avant de voir se concrétiser ce beau rêve de grands paquebots à Pauillac et voir Trompeloup sortir de sa nouvelle quiétude